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    En bordure de Loire près de Nantes.

     Un beau sujet pour un tableau.

    Fable

    Causant avec la Prairie,
    La Rivière adroitement
    Rabattit sur le torrent ;
    Je suis sa meilleure amie ;
    On croit qu'il est mon parent,
    À cause de la ravine,
    Qui se prétend ma cousine,
    Et dont on dit qu'il descend.
    Je serais désespérée
    De dire à d'autres qu'à vous
    Ce qu'en pense la contrée ;
    Mais il y passe, entre nous,
    Pour un scélérat insigne,
    Il a fait un trait indigne.
    Quelque part, près de ces lieux,
    On sacrifiait aux Dieux.
    Il part du haut de la cime ;
    Comme un foudre il se répand,
    Entraîne, chemin faisant,
    L'idole, le desservant,
    Les dévots et la victime.
    Il n'a pas de lit certain ;
    Mais, dans son cours libertin,
    Quelque part qu'il s'achemine,
    Il saccage, déracine ;
    Il s'élance avec fureur,
    Précédé par la terreur
    Et suivi de la ruine.
    Son cours est un vrai fléau.
    Ce n'est pas que je me loue ;
    Mais regardez bien mon eau,
    Vous n'y verrez pas de boue.
    Je m'écoule, à petit bruit,
    Et, partout sur mon passage,
    Plaine, bosquet, pâturage,
    Tout s'engraisse, tout fleurit...
    La Prairie, impatiente,
    Dit, le ciel en soit béni :
    La gloire en revient à lui,
    Qui vous ménagea la pente.
    Mais si, changeant de niveau,
    Vous tombiez d'un peu plus haut
    Que ce torrent si coupable,
    Vous seriez plus intraitable.
    Plaignons les gens dont les penchants sont forts :
    Il doit leur en coûter pour vaincre la nature :
    Quand ils font mal, sans doute ils ont des torts,
    Mais Dieu seul en sait la mesure.

     

    Jean Cazotte (1719-1792)

     

     


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    Est-ce que ce sont des fils d'épeires?

    J'ai dû arriver au bon moment avant que ces perles ne tombent.

     

     

    " Petite perle cristalline
    Tremblante fille du matin,
    Au bout de la feuille de thym
    Que fais-tu sur la colline ?

    Avant la fleur, avant l'oiseau,
    Avant le réveil de l'aurore,
    Quand le vallon sommeille encore
    Que fais-tu là sur le coteau ? "

     

    Henri-Frédéric Amiel (1821-1881)

     


     


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    IL MEURT LENTEMENT CELUI QUI....


    Il meurt lentement
    celui qui ne voyage pas,
    celui qui ne lit pas,
    celui qui n’écoute pas de musique,
    celui qui ne sait pas trouver
    grâce à ses yeux.


    Il meurt lentement
    celui qui détruit son amour-propre,
    celui qui ne se laisse jamais aider.


    Il meurt lentement
    celui qui devient esclave de l'habitude
    refaisant tous les jours les mêmes chemins,
    celui qui ne change jamais de repère,
    Ne se risque jamais à changer la couleur
    de ses vêtements
    Ou qui ne parle jamais à un inconnu.


    Il meurt lentement
    celui qui évite la passion
    et son tourbillon d'émotions
    celles qui redonnent la lumière dans les yeux
    et réparent les coeurs blessés


    Il meurt lentement
    celui qui ne change pas de cap
    lorsqu'il est malheureux
    au travail ou en amour,
    celui qui ne prend pas de risques
    pour réaliser ses rêves,
    celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
    n'a fui les conseils sensés.

    Vis maintenant!
    Risque-toi aujourd'hui!
    Agis tout de suite!
    Ne te laisse pas mourir lentement!
    Ne te prive pas d'être heureux!

    Pablo Neruda "Prix Nobel de Littérature 1971"



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    Copie-de-DSC00248.JPG

     

    Fleurs d'aurore

    Comme au printemps de l'autre année,
    Au mois des fleurs, après les froids,
    Par quelque belle matinée,
    Nous irons encore sous bois.

    Nous y verrons les mêmes choses,
    Le même glorieux réveil,
    Et les mêmes métamorphoses
    De tout ce qui vit au soleil.

    Nous y verrons les grands squelettes
    Des arbres gris, ressusciter,
    Et les yeux clos des violettes
    À la lumière palpiter.

    Sous le clair feuillage vert tendre,
    Les tourterelles des buissons,
    Ce jour-là, nous feront entendre
    Leurs lentes et molles chansons.

    Ensemble nous irons encore
    Cueillir dans les prés, au matin,
    De ces bouquets couleur d'aurore
    Qui fleurent la rose et le thym.

    Nous y boirons l'odeur subtile,
    Les capiteux aromes blonds
    Que, dans l'air tiède et pur, distille
    La flore chaude des vallons.

    Radieux, secouant le givre
    Et les frimas de l'an dernier,
    Nos chers espoirs pourront revivre
    Au bon vieux soleil printanier.

    En attendant que tout renaisse,
    Que tout aime et revive un jour,
    Laisse nos rêves, ô jeunesse,
    S'envoler vers tes bois d'amour !

    Chère idylle, tes primevères
    Éclosent en toute saison ;
    Elles narguent les froids sévères
    Et percent la neige à foison.

    Éternel renouveau, tes sèves
    Montent même aux coeurs refroidis,
    Et tes capiteuses fleurs brèves
    Nous grisent comme au temps jadis.

    Oh ! oui, nous cueillerons encore,
    Aussi frais qu'à l'autre matin,
    Ces beaux bouquets couleur d'aurore
    Qui fleurent la rose et le thym.

    Nérée Beauchemin (1850-1931)


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    Pêcheries à Tharon

    La mer

    Loin des grands rochers noirs que baise la marée,
    La mer calme, la mer au murmure endormeur,
    Au large, tout là-bas, lente s'est retirée,
    Et son sanglot d'amour dans l'air du soir se meurt.

    La mer fauve, la mer vierge, la mer sauvage,
    Au profond de son lit de nacre inviolé
    Redescend, pour dormir, loin, bien loin du rivage,
    Sous le seul regard pur du doux ciel étoilé.

    La mer aime le ciel : c'est pour mieux lui redire,
    À l'écart, en secret, son immense tourment,
    Que la fauve amoureuse, au large se retire,
    Dans son lit de corail, d'ambre et de diamant.

    Et la brise n'apporte à la terre jalouse,
    Qu'un souffle chuchoteur, vague, délicieux :
    L'âme des océans frémit comme une épouse
    Sous le chaste baiser des impassibles cieux.

     

    Nérée de Beauchemin (1850-1931)


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    DSC03069 

    La Loire à Champtoceaux 

     

     

    Réponse à Joachim

     

    Heureux comme un bateau qui fait un beau voyage

    Frôlant la lèvre d’or de verte floraison

    Et qui va, chaque soir, en changeant d’horizon

    Glisser vers l’océan le chant de son bordage.

     

    Quand il va saluer un modeste village

    Où le toit de l’ardoise est en effeuillaison

    Son nautonier connait la puissante raison

    Qui lui fait préférer son pays davantage.

     

    Plus lui plait son esquif sur le flot lumineux

    Que la richesse admise au destin périlleux,

    Plus qu’un rêve futur lui plait sa douce ondine.

     

    Sa Loire qui l’emporte à son libre destin

    Comme un Prince d’azur, un dernier paladin

    Portant haut le blason de douceur angevine.

     

    Gérard Brecq


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      DSC03612 bis

     

    Ma soeur la Pluie,
    La belle et tiède pluie d'été,
    Doucement vole, doucement fuit,
    A travers les airs mouillés.

    Tout son collier de blanches perles
    Dans le ciel bleu s'est délié.
    Chantez les merles,
    Dansez les pies !
    Parmi les branches qu'elle plie,
    Dansez les fleurs, chantez les nids
    Tout ce qui vient du ciel est béni.

    De ma bouche elle approche
    Ses lèvres humides de fraises des bois ;
    Rit, et me touche,
    Partout à la fois,
    De ses milliers de petits doigts.

    Sur des tapis de fleurs sonores,
    De l'aurore jusqu'au soir,
    Et du soir jusqu'à l'aurore,
    Elle pleut et pleut encore,
    Autant qu'elle peut pleuvoir.

    Puis, vient le soleil qui essuie,
    De ses cheveux d'or,
    Les pieds de la Pluie.

     

    Charles VAN LERBERGHE

    (1861-1907)

     


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