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      coubet la vague

     La vague de Gustave Courbet

    QUAND LA MER SE DECHAINE


    Que la mer est belle avec ses blancs moutons !
    Mais soudain, elle se change en mégère impromptue :
    Fantastique et sublime, semblable à mille démons
    Qui fondent sur les maisons et font trembler les nues !

    Dans un ciel assombrit, déchiré par l'éclair,
    Le vent et le tonnerre font plier les grands arbres,
    Ballottant les oiseaux qui cherchent un repaire.
    Neptune et Jupiter, ont réuni leurs armes !


    L'homme seul, au milieu des éléments déchaînés
    Doit lutter pour sa vie et sauver son bateau,
    Face aux furies infernales si déterminées,
    Qui veulent à tout prix : l'emmener au fond des eaux...

    Pauvres marins luttant contre : vague et orages,
    Il vous reste " un ami - un guide sur la terre "
    Debout sur les rochers, tout au bord du rivage,

    Un ange solitaire scintille dans les ténèbres.

    Seul, Stoïque, le gardien de phare - coupé du monde,
    Assume et reste là... pour que les autres vivent !
    Harcelé de milliers de lames qui l'inondent,
    L'encerclent, l'agrippent et meurent en vaines offensives !

    Là où finit la terre, la mer a son royaume !

    Belliqueuse : elle monte jusqu'au toit des maisons
    Elle envahit les quais, et roule sur les chaumes,
    Bousculant sur la digue les curieux de saison.

    Le port avec ses rues sont recouvert d'écume,
    Comme en pleine montagne, on marche dans la neige !

    La mer est mécontente et montre sa rancune,
    Mais les vieux loups de mer, connaissent bien son manège !

    Déesse irascible, elle veut des sacrifices...
    En sortant de son lit, comme une amante cruelle,
    Elle emporte avec elle les meilleurs de nos fils !
     

    Mais qui oserait dire : que la mer n'est pas belle ?...


    Jean-Claude Brinette


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  • Van Gogh   Automne

    Voix des Arbres

    Les arbres timides et forts
    La nuit parlent à voix haute
    Mais si simple est leur langage
    Qu'il n'effraie pas les oiseaux

    Près du cimetière où les morts
    Remuent leurs lèvres de cendre
    Le printemps en flocons roses
    Rit comme une jeune fille

    Et parfois comme le coeur
    Prisonnier d'un vieil amour
    La forêt pousse un long cri
    En secouant les barreaux.

    Marcel Bealu


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  •     charles-sprague--le-retour-des-champs.jpg

     Charles Sprague, le retour des champs

    Soyez polis avec la terre
    ... Il faut aussi être poli avec la terre et avec le soleil
    il faut les remercier le matin en se réveillant
    il faut les remercier
    Pour la chaleur
    Pour les arbres
    Pour les fruits
    Pour tout ce qui est bon à manger
    Pour tout ce qui est beau à regarder
    A toucher
    Il faut les remercier
    Il ne faut pas les embêter...les critiquer
    Ils savent ce qu'ils ont à faire
    Le soleil et la terre
    Alors il faut les laisser faire
    Ou bien ils sont capables de se Fâcher
    Et puis après. On est changé
    En courge en melon d'eau.
    Ou en pierre à briquet et on est bien avancé...
    Le soleil est amoureux de la terre
    La terre est amoureuse du soleil.

    Ça les regarde
    C'est leurs affaires
    Et quand il y a des éclipses
    Il n'est pas prudent ni discret de les regarder
    au travers de sales petits morceaux de verre fumé
    Ils se disputent
    C'est des histoires personnelles
    Mieux vaut ne pas s'en mêler
    Par ce que si on s'en mêle on risque d'être
    Changé en pomme de terre gelée.
    Ou en fer à friser.

    Le soleil aime la terre.
    La terre aime le soleil

    C'est comme ça.
    Le reste ne nous regarde pas.

    La terre aime le soleil.
    Et elle tourne
    Pour ce faire admirer
    Et le soleil la trouve belle
    et il brille sur elle,
    Et quand il est fatigué
    Il va se coucher
    Et la lune se lève.
    ...
    Jacques PRÉVERT

     


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  •   CorotForetFontainebleau

    J B C Corot, En forêt de Fontainebleau

    Sous les arbres

     

    Ils marchaient à côté l'un de l'autre ; des danses
    Troublaient le bois joyeux ; ils marchaient, s'arrêtaient,
    Parlaient, s'interrompaient, et, pendant les silences,
    Leurs bouches se taisant, leurs âmes chuchotaient.

    Ils songeaient ; ces deux coeurs, que le mystère écoute,
    Sur la création au sourire innocent
    Penchés, et s'y versant dans l'ombre goutte à goutte,
    Disaient à chaque fleur quelque chose en passant.

    Victor Hugo


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        trap le torrent 001830-1

     Tapezaroff, le torrent

     

    Le chant de l'eau

     

     

    L'entendez-vous, l'entendez-vous
    Le menu flot sur les cailloux ?
    Il passe et court et glisse
    Et doucement dédie aux branches,
    Qui sur son cours se penchent,
    Sa chanson lisse.

    Pluie aux gouttes rondes et claires,
    Bulles de joie et de lumière,
    Le sinueux ruisseau gaiement vous fait accueil,
    Car tout l'automne en deuil
    Le jonche en vain de mousse et de feuilles tombées.
    Son flot rechante au long des berges recourbées,
    Parmi les prés, parmi les bois ;
    Chaque caillou que le courant remue
    Fait entendre sa voix menue
    Comme autrefois ;
    Et peut-être que Mélusine,
    Quand la lune, à minuit, répand comme à foison
    Sur les gazons
    Ses perles fines,
    S'éveille et lentement décroise ses pieds d'or,
    Et, suivant que le flot anime sa cadence,
    Danse encor
    Et danse.

     

    Emile Verhaeren 


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    la place des Ailes St Seb

     

      J'ai écrit ce poème et exécuté ce tableau pour une exposition  en 2002.

    Pendant la dernière guerre un avion s'est écrasé tout près de cet endroit le 21 juin 1940.

    Le mémorial présente une hélice de l'appareil, à la mémoire des quatre aviateurs abattus ce jour-là.

     

     

    L’oiseau blessé

     

     

    Oiseau d’acier , sifflant et crachant mille feux,

    Glorieux et fier, bravant l’ennemi dangereux ;

     

    Oiseau blessé, tremblant de tout son pauvre corps,

    Enveloppé du froid  terrifiant qui endort ;

     

    Oiseau de flamme, plongeant dans un gouffre obscur,

    Ultime éclair zébrant le ciel plombé et dur ;

     

    Oiseau de cendre, immobile , encore fumant,

    Qui avait écrit  «  LIBERTE »   avec son sang . 

     

    Yvette.

     

     

     


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      Courbet la mer à Palavas

      Courbet, la mer à Palavas

     

    Et la mer ...

     

     

     

    Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
    Et la mer est amère, et l'amour est amer,
    L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,
    Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.


    Celui qui craint les eaux qu'il demeure au rivage,
    Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
    Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
    Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

    La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
    Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau,
    Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

     Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
    Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
    Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

    Pierre de Marbeuf (1596-1645)
    (Recueil de vers, 1628)


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