•  

     

    Histoire d’eau.

     

    Mais qui suis-je  pour avoir été vénérée  jadis ?

    Que suis-je  donc devenue pour qu’on me profane ainsi ?

    Et pourtant que serait sans moi votre vie ?

    Moi qui vous aime tant et qui vous ai offert mon lit !

    Moi qui ai tout accepté de vous, j’en frémis!

    Vous qui m’avez domptée sans que je m’écrie !

    Mon parcours retracé, je n’ai rien dit !

    Vos barrages, vos écluses, je ne vous ai pas maudits !

    Mais votre pollution, là je n’en peux plus, je suis trahie!

    Comment pouvez-vous rester impassible devant mon agonie ?

    Mais souvenez-vous ! Souvenez-vous ! Je vous en supplie !

    Quand vous avez  flâné sur mes berges fleuries?

    Quand vous avez vu les troupeaux se désaltérer dans mon eau alanguie ?

    Quand vous avez baigné dans mon onde fraîche  vos pieds meurtris?

    Quand vous avez entendu, sur la coque des barques, mon doux clapotis?

    Et mon exhalaison à la tombée du jour, l’avez-vous sentie ?

    Mes saules, mes roselières,  mes hérons, tout est encore poésie.

    Hélas ! Que ferez-vous quand ma source sera tarie ?

    Allez-vous m’abandonner comme toi Amphitrite et toi Arthémis ?

    Qu’ai-je fait pour ainsi être punie ?

    De grâce,  agissez ! Sauvez-moi et préservez-vous aussi !

     

    Yvette


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  • Le chêne peint par Courbet.
    Un chef-d'oeuvre !

    Notre vieux chêne.

    Il nous est apparu un jour d’hiver, bien seul,

    Mais majestueux au milieu de son grand champ.

    L’envie nous saisit de protéger cet aïeul

    Ce géant au tronc rugueux et aux bras puissants.

     

    Nous avons construit notre vie autour de lui,

    L’accompagnant, fraternels, au fil des saisons

    Et souffrant avec lui quand la neige et la pluie

    Et le vent fracassent ses branches sans raison.

     

    Avril nous ravit à l’éclat de ses bourgeons

    Mordorés et doux comme de la soie, parant

    D’une auréole délicate son fronton,

    Prémices d’un renouveau encore hésitant.

     

    Et alors, quand le vert triomphe en sa feuillée,

    Quand l’ombre translucide s’étale en dentelle

    Sur la mousse moelleuse et fraîche de juillet,

    Nous savourons cette plénitude immortelle

     

    Puis brusquement notre vieil ami se déchaîne.

    C’est une explosion de feuilles ocres et rousses

    Qu’il libèrera une à une de leurs chaînes

    Vers le ciel, futures astres de la Grande Ours.

     

     

    La morte saison ravine l’écorce rude

    De notre vénérable, tordant ses rameaux,

    Le rendant vulnérable dans la solitude

    De l’hiver gris, privé de ses doux oripeaux.

     

    Mais ne nous y trompons pas. Quand tombe la nuit

    Et que la lune se nimbe d’un halo gris,

    Une dryade entame sur l’herbe qui luit

    Une danse complice empreinte de magie.

     

    Des lutins farceurs, trébuchant sur ses racines,

    L’encerclent, joyeux, le réchauffant de leurs rires

    Enfantins et cristallins comme des clarines

    Qui l’ensorcellent afin de mieux l’endormir.

     

    A son réveil, sa force se décuplera,

    Ses bras enfin dressés vers le ciel et ses pieds

    Bien en terre, c’est lui qui nous protègera,

    Paternel, des malveillances du monde entier.

     

    Yvette 

    C'est l'histoire toute simple et véridique
    du grand chêne plus que centenaire
    qui vit toujours à Arthon chez notre fille.
    C'est lui qui nous a attirés
    quand nous avons acheté le terrain.
    Il était seul mais si beau!


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  • La vieille ferme 



    Je vous raconte l'histoire d'une vieille ferme
    La ferme des ancêtres de mon mari.,
    en Bretagne, à Plogastel Saint Germain
    Il ne l'a pas connue.
    Il y a 2 ans, nous avons  appris par une parente éloignée
    qu'elle existait encore.
    Nous y sommes allées aussitôt
    Avec mon mari, ma fille et ses 2 enfants.
    Nous avons trouvé une bâtisse toute délabrée, faisant pitié à voir.
    Nous avons pris des photos et nous sommes rentrés, tristes.
    Un moi plus tard, nous avons appris qu'elle avait été démolie!!!
    C'était un appel au secours qu'elle nous avait lancé.
    Nous avons tous au fond de notre coeur énormément de tristesse.
    J'ai pris la parole pour elle.

    N’y aura-t-il donc personne pour me saluer,
    pour me dire adieu ?

    Je vais mourir sans un regard,
    abandonnée que je suis depuis tant d’années.

    Plus de rires d’enfants depuis si longtemps,

    plus de sabots ni galoches,

    plus de chevaux ni de charrue,

    plus de chansons ni de comptines

    dans la langue de ce pays si beau.

    Je vais partir, avec dans mon cœur une multitude de souvenirs

    que j’aurais tant aimé raconter.

    Des mariages furent fêtés dans ma cour !

    des naissances, oh oui ! j’en ai vu des bambins

    qui couraient préférant les champs à l’école,

    où l’on apprenait une autre langue

    que celle parlée sous mon toit.

    Et puis j’ai assisté tristement à des grands départs aussi

    Pour la guerre ou pour le cimetière.

    Des cris, des larmes, de la sueur.

    La sueur des femmes et des vieux prenant

    le relais quand la guerre faisait rage sur le front.

    Je vais partir avec mes secrets.

    Dommage, j’avais tant de choses à raconter.

    Yvette 


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  • L’ajonc et le genêt

     

    Connais-tu le pays ou pousse l’ajonc d’or ?

    Connais-tu le pays où pousse le genêt ?

    L’un a protégé de pics son robuste corps,

    L’autre  se balance fragile et mignonnet.

     

    Ils fleurissent le rude pays d’Armorique,

    L’un en touffes drues symbolisant  l’homme fort

    Besognant durement dans ces contrées celtiques,

    Et avec la glèbe  et  l’océan faisant corps.

     

    L’autre en tiges harmonieuses se balance,

    Sur la lande comme ces courageuses femmes,

    Courbées sur la terre avec cette douce aisance,

    Et cachant au fond de leur cœur de chaudes larmes.

     

    L’ajonc et le genêt, tous deux d’or vêtus

    Fleurissent la Bretagne,  sous un ciel écru.

    Yvette
     
        


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  • Renouveau : les bourgeons.

     

    Tout l’hiver ils ont attendu patiemment.

    La neige, les chandelles de glace

    Les ont endormis sur leur support

    Serrés les uns contre les autres

    Ou bien recroquevillés sur eux-mêmes.

    Ils se sont préservés du frimas.

    Puis Mars est arrivé ! Mars et ses giboulées.

    Mais Mars et son soleil et sa sève généreuse.

    Plus d’hésitation, ils vont se gonfler,

    Sous la  pression douce de la lymphe,

    Et des  chauds rayons du soleil.

    Leur ventre va s’arrondir, se boursoufler

    Puis ils vont s’allonger, prendre des couleurs,

    D’ambre, de vert tendre ou gris satiné

    Reluire de gomme et se couvrir de velours,

    De soie, de brocart merveilleux.

    Et n’en pouvant plus d’attendre, les muscles tendus

    Ils feront jaillir de leur sein,  doux écrin,

    Ici une pointe de feuille vert tendre,

    Là un petit bouton rose à l’épiderme délicat

    Ou blanc encore fragile et froissé.

    Et doucement, avec tendresse et  délicatesse,

    La nature va prendre un éclat nouveau.

    Le spectacle sera grandiose ! Féerique !

    Le printemps ! Le printemps est en mouvement.

    Le printemps arrive !

     

    Yvette


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  • Le printemps est arrivé

     

    Le printemps est arrivé,

    Vive le printemps !

    Comme le dit la chanson.

     

    Les bourgeons tout luisants

    Chevelus ou veloutés

    Duveteux et soyeux

    Se tendent vers le soleil.

     

    C’est l’éveil de la nature !

    Engourdis par la froidure

    Ils  propagent alentour

    La bonne nouvelle :

    Le printemps est arrivé.

     

    Les merles siffleurs, les pinsons,

    S’en donnent à cœur joie !

    A tour de rôle, ils excitent

    Ce monde qui languit,

    Qui hésite, qui patiente.

     

    Mais oui, le printemps est là !

     

    Et bientôt ce sera le branle-bas.

    Toute la campagne renaîtra!

    Un hymne à la joie !

     

    Oui, mais pour moi !

    Encore un printemps de plus,

    Encore une saison après l’autre.

    Et passe le temps,

    Et avance ma vie inexorablement.

    Yvette


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  • Crépuscule


    Crépuscule

     

    Cette fin d’après-midi a une coloration pervenche.

    Le soleil, au loin, louvoie entre des nuées filamenteuses d’un ton pourpre et mauve.

    Les rayons pâles  s’accrochent aux troncs des arbres

    et sur les branches telles des paillettes.

    Tout s’atténue et se dilue,

     dans cette atmosphère de fin de saison hivernale.

    Peu à peu, les oiseaux cessent leur piaillement

    et tout paraît rentrer dans l’ordre.

    Le troupeau se rassemble près de l’échalier en attente de la traite.

    Un silence ouaté, feutré,  immuable s’empare de la nature.

    Bientôt une fine pruine recouvrira les prés,

    et tout doucement tout deviendra sombre et opaque.

    Il fera nuit, une nuit pleine de mystère, une nuit de fin d’hiver,

    à peine éclairée par un quartier de lune, astre de la nuit.

                                                                           Yvette

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  • PAYS NOIR 

     

    A l’heure où un doux soleil encore engourdi

    Par les brumes de la nuit empourpre les meules

    Et les loges aux coiffes de chaume alourdi,

    La Brière sort de son vaporeux linceul.

     

    Un chaland léger glisse lentement sur l’eau,

    Jaspant la surface d’un éventail doré,

    Troublant un instant le héron dans les roseaux,

    Puis disparaît derrière des saules nacrés.

     

    Les blondes roselières ondoient sous le vent ;

    Une odeur suave de tamaris nous grise ;

    La nature déploie des charmes enivrants,

    Au fil d’une belle journée qui s’éternise.

     

    Le marais est là, envoûtant. On le respire.

    Il nous interpelle, nous fascine, charmeur.

    Mystérieux et légendaire, il nous attire

    Vers les inquiétants brouillards de ses profondeurs.

     

    Pays noir du précieux morta millénaire,

    Où chaque bruit chuchoté à la nuit tombée,

    Nous fourvoie dedans ses labyrinthes pervers,

    Et où planent de pauvres âmes égarées.

     

    Pays bleu où le soleil reflète dans l’eau,

    Pays d’eau, de lumière, pays enchanteur,

    Pays de brumes épaisses et de canaux,

    Enfin pays du retour des grands migrateurs.

    Yvette



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